Il est maintenant communément accepté que la crise du Covid-19 agit comme un révélateur intense des vulnérabilités systémiques, des déviances collectives mais aussi individuelles. Les comportements sont exacerbés, les effets des erreurs également, et de forts sentiments destructeurs  deviennent d’une glaçante banalité, délaissant raison et empathie. Pourtant, de cette époque naît aussi une alternative que l’on ne pouvait percevoir, seulement envisager. Ce dossier vise à proposer très simplement la formalisation de cette alternative, une approche pragmatique et profondément humaine. 

Dirigeant et Entreprenant, connais-toi toi-même !

“Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront”

Si, Rudyard Kipling

#Capitalisme de prédation : La prédation est une interaction directe, de nature antagoniste, entre une proie et un prédateur. L’instinct de survie du plus fort le conduit à gérer un conflit intelligemment pour se préserver et se développer. De fait, il établit un rapport de force cohérent avec sa propre nature. 

Avec le recul de la dernière décennie, on peut considérer qu’un capitalisme de prédation est une gestion économique, juridique, financière et managériale tournée vers la performance, la durabilité et l’indépendance. Ces aspects étant garantis par la bonne gestion du rapport de force permanent.

#Différences entre prédateur économique et proie économique  : Qu’en est il du dirigeant et de la personne entreprenante dans un tel contexte ? 

Si on se tourne vers les nations les plus représentatives du capitalisme de prédation, à savoir les Américains et les Eurasiens (Chine, Inde, Russie),  nous identifions quelques constantes :

  • Un pragmatisme à toute épreuve (constante analyse débit / crédit)
  • Une relation directe et sans palabre inutile
  • Une conscience aiguë de sa propre valeur

Autrement dit, ils sont l’antithèse des cultures européennes anglo-saxonne et arabo-latine. Ils s’inscrivent dans une forme de maîtrise de “soi” au service du “compte en banque” et d’un “lendemain meilleur”. C’est le fameux “American way of life”, ainsi que les autres exceptionnalisme culturel de la Russie ou le Rêve Chinois (中国梦). L’opportunisme est une qualité, ne pas l’être et ne pas savoir défendre ses intérêts est un comportement de faible. C’est aussi pour cette raison qu’ils ont pris le temps d’étudier ce qui avait fonctionné chez les autres pour l’optimiser. Qu’ont fait les européens jusqu’ici exactement ? Existe-t-il un exceptionnalisme collectif et individuel européen ?

#La trajectoire de l’Occident européen : Les eurasiens considèrent l’Occident comme une civilisation décadente, et le territoire au “Soleil Couchant” s’inquiète aujourd’hui de voir ses entreprises, ses technologies, ses potentiels, ses médias et ses peuples basculer dans la conception du monde eurasien (Cf. Challenges N° 653 – “La Chine Triomphante” – page 41). En ce qui a trait à l’Occident européen, il ne s’agit pas vraiment d’un jugement de valeur, mais plutôt d’une réalité : nous sommes en déclin, et nous déclinons depuis plusieurs décennies.

#Le collectif se suicide-t-il ? Chacun se pose alors la question de sa propre survie. Calculons celle-ci ! Si collectivement, le peuple français continue dans sa lancée d’affaiblissement et d’inquiétude vis-à-vis de ce dernier, peut il envisager une sortie pertinente ? Bien sûr que non !

On constate pourtant un réel déni (une puissance de déni ?) qui conduit “médias” et  “grands penseurs de notre temps” à s’enflammer autour de sujets comme “la défense de nos intérêts souverains”, de notre “modèle social”, et invitent à une “guerre économique systémique”, pour ne pas dire un “suprématisme durable fondé sur notre puissance technologique” (inexistant) ! 

En d’autres termes, “on ne change rien, on s’imagine encore être les patrons”… Alors que les chiffres montrent le contraire. Voici un petit exemple : Combien de brevets sont déposés en France en 2018 ? Moins de 8.000 brevets !  Combien de brevet aux USA ? Plus de 55.000 brevets ! Combien de brevet en Chine ? Près de 55.000 brevets ! Pourtant, au niveau européen, en 2019, l’Europe cumulait 181.000 demandes de dépôt de brevet… Mais comme les européens ne sont pas fédérés, le référentiel reste le pays. C’est un des marqueurs qui permet de clairement définir l’occident européen comme un ensemble de proies ! Et les prédateurs ne s’y trompent pas.

#L’individu fait les comptes : Lorsque l’on souhaite survivre, il est nécessaire de connaître ses forces et faiblesses. Lorsque cela est fait avec humilité, il est nécessaire de s’entraîner. Tous les sportifs vous le diront. Il est bon d’être méthodique et de toujours chercher à apprendre, donc de réfléchir. Pourtant, le côté arabo-latin de la nation française qui confond “parler fort” et “parler bien”, n’invitent nulle part à cela. Sans compter que durant les crises, les coups de sang collectifs révèlent que l’on omet le dernier aspect, le plus important de la résilience, l’endurance fondée sur la patience.

Collectivement, l’absence de cette saine humilité lors du décompte de nos forces et nos faiblesses est un problème expliquant le déclin, justifiant même que l’on soit devenu des proies. Individuellement, cependant, comme savent si bien le faire les américains et les eurasiens avec leur opportunisme culturel, c’est autre chose et il est nécessaire de savoir observer et comprendre les prédateurs pour assimiler leurs talents individuellement ! 

Un Dirigeant, un Entrepreneur, doit savoir employer son temps à une juste fin : garantir ses revenus, les développer et le faire en raison dans un temps long. En tant qu’agent économique, il est assez isolé, or les pièges sont nombreux : Etats, administrations publiques, partenaires, clients, employés, ou encore journaliste, mème internet, etc. 
Tirer avantage de notre XXI° siècle suppose donc de développer une culture de la nuance. Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. Tout est en nuance de gris. Aussi, nous aborderons concrètement le sujet dans  “Souverain en sa propre maison, incertain en son pays”.