Il est maintenant communément accepté que la crise du Covid-19 agit comme un révélateur intense des vulnérabilités systémiques, des déviances collectives mais aussi individuelles. Les comportements sont exacerbés, les effets des erreurs également, et de forts sentiments destructeurs  deviennent d’une glaçante banalité, délaissant raison et empathie. Pourtant, de cette époque naît aussi une alternative que l’on ne pouvait percevoir, seulement envisager. Ce dossier vise à proposer très simplement la formalisation de cette alternative, une approche pragmatique et profondément humaine.

“Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils”

Si, Rudyard Kipling

#L’indépendance financière : Ce concept particulier fut éminemment bien expliqué par Robert Kiyosaki (entrepreneur et auteur américain) dans son “Père Riche, Père Pauvre” et peut ainsi rendre palpable le modus operandi et la grille de lecture de l’indépendance financière. 

En résumé, il s’agit de la mise en pratique et du pilotage de la gestion d’actifs tels que nous les avons évoqué dans la deuxième partie de ce dossier, “Souverain en sa propre maison, incertain en son pays”. Un actif est vecteur de revenus  récurrents à long terme. Un passif génère une sortie financière, son exemple le plus parlant est la Maison dont on est propriétaire qui génère taxes, frais d’entretien, crédit. 

Parvenir à l’indépendance financière repose donc sur la capacité à faire que la colonne des actifs génère plus que la colonne des passifs du bilan et, surtout, que les marges soient suffisantes pour que le propriétaire puisse cesser de travailler pour l’argent. Robert Kiyosaki traduit ce phénomène avec beaucoup d’éloquence : Il y a ceux qui travaillent pour l’argent, et ceux qui font travailler l’argent pour eux

Toute l’essence du deal et de l’organisation évoqué, dans la partie de ce dossier, “Le leadership vertueux de la prédation”, prend ici un sens redoutable ! Une entreprise est un dispositif vivant et non une mécanique, le deal est le système nerveux de l’organisation et c’est ainsi qu’elle devient prédatrice. A contrario, les systèmes reposent sur la loi, ils sont figés, ce qui les transforme en proie. L’indépendance financière est subordonnées au “deal”, alors que la dépendance financière est la résultante de la loi. Bien choisir où l’on investit et s’assurer de l’indépendance c’est se maintenir dans une position de prédateur.

#Développer une culture de l’investissement c’est être prédateur :Le Dirigeant et l’Entrepreneur ont tout intérêt à savoir s’affranchir des influences tierces afin d’orienter leurs décisions. Le déclin de l’occident européen n’est pas une fatalité si l’on sait observer les mouvements de fonds inhérents à celui-ci. Crier au loup avec les autres ne sert à rien ! 

Il vaut mieux apprendre à chasser comme un loup ! En clair, il est bon d’adopter une culture de l’investissement et donc de la compréhension des tendances et des dépendances. Le but du jeu est de devenir “vecteur de cette dépendance” et non “soumis à cette dépendance”.  Mais quelles sont les bonnes pratiques en somme ?

#Ne pas flamber ! Dans le cas d’un investissement non financier, il est bon d’administrer une relation avec un potentiel partenaire en le mettant à l’épreuve : tester sa volonté, son professionnalisme, l’éprouver sur le fruit qu’il produit et la manière dont son orgueil intervient ou non en l’espèce. 

Dans le cas d’un investissement financier, il est bon de prendre les informations clés permettant de se prémunir des risques liés à ce placement avec les bonnes pratiques de la Due diligence classique (i.e. Audit financier, juridique, organisationnel) mais aussi de la Due diligence nouvelle (i.e. Cybergouvernance, sécurité informatique, gestion du patrimoine immatériel, leadership).

Ce temps est nécessaire. Ce temps est sain. Il n’est pas raisonnable ni raisonné d’être pressé. Une des plus grande leçon apportée par le capitalisme de prédation réside dans le fait de savoir prendre son temps, de savoir gérer son temps. Aucune décision prise à la hâte n’est saine. Un leader est vecteur de stabilité pour ses partenaires, ses clients, ses employés et sa famille.

La culture de l’investissement se résume donc de la manière suivante :

  • Toujours se maintenir en veille d’opportunités exploitables.
  • Contrôler le risque en appliquant le “Test, Learn & Go” auprès des personnes.
  • Contrôler le risque en vérifiant la vulnérabilité de la cible où investir.
  • Obtenir les effets de levier économique/influence au meilleur prix.
  • Envisager une alternative visant à exploiter les vulnérabilités à moindre frais.

#Ne pas investir comme on consomme : Pour revenir sur le dernier point de cette liste sur la culture de l’investissement, il est nécessaire de ne pas investir comme on consomme. Le consumérisme vise à considérer que l’on doit obtenir quelque chose pour se réaliser, le principe du capitalisme de prédation est que l’on doit savoir faire la chose par soi-même. C’est le fameux “Ne me donne pas du poisson, apprend moi plutôt à pêcher” de Mao Tse Tong.

Et c’est de la sorte que se révèle le capitalisme de prédation et son pendant logique, le Renseignement d’affaires. Cette expression du “renseignement” tend à se répandre dans le jargon populaire, sous l’impulsion notamment de chaîne YouTube à l’instar de Thinkerview, mais également par l’influence progressive qu’exerce l’École de Guerre Économique ou la SKEMA Business School. Toutefois, cette expression devrait être comprise dans son sens offensif et discret, c’est à dire la nécessité de connaître et comprendre son environnement, de vérifier les sources et surtout de toujours identifier et chercher le deal possible.

#Un équilibre entre harmonie sociale et combat économique : Par le renseignement d’affaires, le Dirigeant et l’Entrepreneur accèdent à une connaissance qui peut s’avérer voilée. Il va essentiellement s’intéresser à la manière dont sa colonne des passifs ne va pas s’allonger et transformer ce savoir (apprendre à pêcher) en un vecteur d’actifs qu’il maîtrise parfaitement. 

C’est peut être le choc culturel le plus fort entre l’Occident européen et les Nations prédatrices, quand bien même l’Occident européen se veut-il imprégné de la culture américaine, très efficace sur la question du renseignement d’affaires, même si court-termiste.

Tout est aujourd’hui clairement accessible pour parvenir à déployer ce type d’organisation dans un plan de développement commercial et de résilience. Donc, autant accepter que le capitalisme de prédation est l’harmonie entre une existence sociale définie par un leadership vertueux (opportunisme, agilité et culture projet) et une organisation combattante sur le plan économique, via la financiarisation de l’activité (contrôle des colonnes Actifs/Passifs) et le renseignement d’affaires.

#De puissants exemples de réussite : La Chine est l’exemple le plus parlant, plusieurs ouvrages se sont notamment penché sur le phénomène des Nouvelles Routes de la Soie au sens large.

Mais nous souhaiterions attirer l’attention sur des événements plus proche et à taille humaine :  durant le confinement au Covid-19, WeChat s’est très vite modernisé afin de permettre à l’économie de travailler et “dealer” même confinée. Ainsi, la Chine a su rebondir efficacement. 

Avant eux, c’est le Japon qui ouvrit la voie et reste un phénomène extraordinaire dont le rayonnement est aussi à étudier. Nous pouvons également nous intéresser à la Russie qui, il y a environs 10 ans, a conclu une alliance forte avec la Chine, après que les Européens l’ait rejeté, se développant sur un modèle eurasien affirmé et revendiqué (Cf. “Interview with Mr Poutine” de Oliver Stone). 

Enfin, pays trop méconnu en France, l’Inde, qui est aujourd’hui la 3° plus importante nation dans l’univers de l’innovation et la 5° économie mondiale.

Chacune de ces nations, chacun de ces peuples, ont su extraire des Etats-Unis d’Amérique un ensemble de règles, de fonctionnement, d’organisation sociale pour en tirer une vraie capacité à exister et rattraper leur retard. 

Nous avons quelque chose à apprendre, nous aussi. Pas seulement des Américains car nous avons aussi à apprendre de l’Eurasie. Le capitalisme de prédation n’est pas un capitalisme guerrier, acharné, mais une subtile harmonie visant à s’inscrire dans la durée. Souhaitons-nous être des proies ou des chasseurs ? Souhaitons-nous être dévoré ou bien composer notre propre règne ?