Rappelons nous les grandes victoires de l’été. Les européens se sont alliés pour collecter conjointement sur les marchés l’argent nécessaire afin de soutenir un projet de relance, les états frugaux n’ont pas envoyé “chanter” les cigales du sud. A la place, un nouveau plan d’investissement fut réalisé pour 750 milliards d’euros bien frais, afin de soutenir les économies de quelques pays moteurs. Mais plus que tout, une forme de galvanisation, d’hystérie communicante s’est emparée des services de l’Etat pour valoriser ces apports.

La propagande fonctionne à plein régime. Tout semble fait pour créer un mouvement social, un engouement sinon une exaltation, afin de repartir travailler et entreprendre. La BPI France nous annonce, par exemple, que la majorité des entreprises françaises a été soutenue par les actions de prêts garantis par l’Etat et que l’économie ne s’est de fait pas arrêtée ! FAUX : Le sondage réalisé par la BPI FRANCE et diffusé directement par l’institution indique que les entreprises prévoient en majorité de déplacer leur investissement d’un an. Traduction : le moteur tourne mais la voiture n’avance pas.

Le moteur économique tourne mais la voiture n’avance pas !

L’INSEE nous communique que la prodigieuse reprise est réalisée puisque l’économie est revenue à 90% à son rythme d’avant Covid-19 ! Manipulation ? L’entrepreneuriat français était déjà la cible des capitalistes offensifs provenant de pays moins gras, moins paresseux, et l’immobilisme (le passéisme ?) de générations d’entrepreneurs est aujourd’hui au moins 20% plus pénalisant.

Car en parallèle de cet immobilisme ronronnant, la guerre froide a éclaté. Les proies sont faites pour nourrir les prédateurs, c’est dans l’ordre des choses. Et la Maison France s’organise pour protéger ses actifs majeurs, dit stratégiques, que sont les Opérateurs d’Importance Vitale, tout en se désengageant progressivement, sinon avec un durcissement des moyens coercitifs, des contraintes d’une administration d’Etat. Qui pourrait lui reprocher cela ? 5,480 millions de français dépendent totalement de cette organisation, ils sont fonctionnaires et ils ne produisent rien sur le plan commercial. Il est bon d’ajouter environs 6 millions de salariés du privé, créateur de richesse, présent dans les O.I.V. La Maison France, c’est donc un véhicule d’environs 12 millions de personnes (la taille du Grand Paris) soit 17% de la population française qui “sont protégés” pendant la guerre froide.

Dans ce contexte de restructuration, on peut comprendre plus exactement “à quoi sert le cash cautionné par les frugaux”. Acheter la paix sociale en finalisant la restructuration de la Maison France sous forme de citadelle. Cet argent ne fait qu’acheter du temps pour gérer la restructuration générale du tissu économique à la sauce colbertiste. En d’autres termes, si vous ne travaillez pas pour un O.I.V., vous êtes tout seul. On vous donne un petit coup de pouce, mais vous vous inscrivez d’ores et déjà comme une proie potentielle. A noter aussi que si vous travaillez pour un O.I.V. vous êtes aussi tout seul, parce que vous n’êtes pas dans un système politique qui défend la souveraineté territoriale mais sa capacité de fonctionnement, donc ses rentes. Cela vous soumets naturellement au jeu de la plus féroce des concurrences possibles.

C’est là que le jeu malsain de la propagande française se révèle. Il serait mieux de dire les choses clairement aux Français, aux entrepreneurs et aux dirigeants, plutôt que de masquer ces réalités. Le patriotisme économique, c’est aussi être capable de stimuler cette conscience : “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays”. Dans cette situation de guerre froide, tout le monde y passe et quand une puissance comme la République est déclinante, il est bon de s’appuyer sur toutes les bonnes volontés pour réinjecter une certaine action. A commencer par faire comprendre que le marché domestique français est trop restreint et qu’il est maintenant temps de penser Europe ! Les entrepreneurs français ont montré leur souci de défense de leur tissu économique. Il y a eu une vraie adaptabilité pour un certain pourcentage d’entre eux, une vraie prise de conscience de la nécessité de penser plus haut et différemment. A noter que cela s’est surtout produit chez les PME et TPE, mais elles étaient plus exposées aux risques de disparition que les O.I.V. qui sont privilégiés par l’Etat. Il est donc normal, en France, d’attendre de la part des entrepreneurs qu’ils agissent, c’est un trait majeur de cette mentalité d’outsiders.

C’est la seule véritable opportunité offerte par les privilégiés de la Maison France au commun des mortels !

Mais est il bien normal, en France, d’attendre de la part d’un privilégié dépendant de la Maison France, d’être clair ? Et nous ne parlons pas de l’Elysée, ici, nous parlons bien de la personne qui est dans son bureau, à exécuter ses ordres sur la communication et l’information concernant les chiffres, les statistiques et les sondages. Certainement pas. Heureusement, il persiste encore une forme de “foi” dans l’Etat de droit et dans le pouvoir judiciaire, ce qui astreint à une relative transparence. 

C’est la seule véritable opportunité offerte par les privilégiés de la Maison France au commun des mortels de se débrouiller, de se défaire de l’influence des Tartuffes et de comprendre la situation : aucune des décisions prises ne saura favoriser le peuple, seulement les privilégiés de la Maison France. Il faut donc trouver un autre moyen et élargir son marché domestique, détecter de nouvelles opportunités d’affaire et savoir jouer son rôle de survivant.