On y est. On a réussi à faire un acte collectif pendant plusieurs mois. On a réussi à entretenir et redévelopper la contamination de Covid-19 tout en nuisant à nos affaires ! Collectivement ! Et ce n’est pas pour entrer dans un monde d’après hypothétiquement meilleur, comme le colportaient idéologues et sachants, bien diplômés, bien instruits, bien médiatisés et bien asservis.

Mais il semblerait que ce ne soit pas le plus grave, finalement. En fait, il y a quelque chose de peut-être plus dramatique dans tout ça : l’attentisme !

A la fin du mois de septembre, nous avons décidé d’entamer une enquête devant nous permettre de comprendre pourquoi les dirigeants français (hors OIV et Administration publique) s’enfermaient dans un certain attentisme, une certaine passivité, quel que soit leur niveau hiérarchique et leurs engagements réels.

Cet article transcrit une partie de ces résultats, notamment le décalage significatif qui persiste entre la volonté d’être « souverain » chez soi, d’être « durable », et donc tout simplement résilient, et la réalité de cette situation de résilience.

La Maison France et la France qui attend

Notre questionnaire se constitue en un miroir macro-micro. Cela signifie que nous cherchions à avoir l’appréciation des contributeurs sur des sujets généraux afin de mesurer leur connaissance des organisations collectives et des enjeux (macro). Nous posions une deuxième question pour ramener l’approche « macro » à une taille humaine (micro). C’est ainsi que nous avons identifié une profonde méconnaissance des enjeux collectifs et une vision biaisée des réels potentiels et donc les raisons de l’attentisme providentiel.

A la question « Savez-vous ce qu’est un OIV ou Opérateur d’importance vitale ? » nous avons obtenu plus de 75% de réponses négatives pour 20% de réponses partiellement vraies et seulement 5% claires, vraies et précises. Cela signifie que les dirigeants français que nous avons contacté n’ont pas conscience que la République française mobilise ses ressources logistiques, financières et régaliennes dans la défense de ses sources de revenus et d’autonomie. Pour rappel, cela ne représente que 250 entreprises disposant d’un haut niveau de protection et environs 1000 si on s’intéresse à leurs fournisseurs éventuels, mais moins protégés que les principaux.

La « France qui attend » représente le reste du tissu des entreprises : soit 4,494 millions d’entreprises et leurs représentants légaux, soit environs 16 millions de personne sur les 29 millions d’actifs, selon l’INSEE en 2019.

Cette population n’est donc pas prioritaire pour la République française, ce qui explique que les mécanismes d’aide diverses, les réglementations, décrets, les politiques d’investissement ou de soutien, ne sont pas orientés dans leur intérêt.

La Maison France, constituée de la fonction publique (donc des actifs qui ne produisent aucune valeur marchande) et les agents qui produisent de la valeur marchande au sein des OIV, représente 13 millions de personnes, avec une proportion de 1 fonctionnaire pour 1 marchand. C’est ceux-là que les politiques de soutien et la réglementation visent, c’est dans leurs intérêts que tout l’appareil s’organise avec beaucoup d’intelligence.

La Résilience de la Maison France

Maintenant que nous avons bien identifié les deux courants et bien compris que la France ne sait pratiquement rien de ce qui se passe dans son propre pays, donc de son administration quand bien même les données sont publiques, on peut s’interroger sur la réelle résilience.

La Maison France a opéré cette résilience, même si perfectible, et il n’y a rien à craindre quant à sa volonté de la développer pour préserver ses intérêts propres. Cela même s’il faut le faire au détriment de la France qui attend.

Cette résilience s’est formulée de la manière suivante :

  • Concentration des pouvoirs au travers de la maîtrise budgétaire régionale (Cf. Journal Officiel de mai 2020 à octobre 2020)
  • Recrutement majeur pour les Services de renseignement et contre-espionnage (Cf. Intelligence Online de juillet 2020 à octobre 2020, Challenges.fr du 5 novembre 2020)
  • Structuration exigeante et intensive de la cellule diplomatique de l’Élysée (octobre 2020)
  • Loi contre le séparatisme permettant de neutraliser toute opposition provenant d’un territoire accueillant éventuellement des éléments d’un OIV
  • Influence majeure dans le bassin méditerranéen
  • Politique de réciprocité offensive envers la Chine
  • Projet France Relance visant à exercer une emprise sur les projets qu’elle estime compatible avec ses intérêts d’influence

En d’autres termes, la Maison France s’est dotée d’une cellule de guerre économique ou competitive intelligence et conçoit ces éléments comme relevant clairement du rapport de force. C’est intelligent et inspirant.

Quid de la France qui attend ?

En attendant, la France attend. Les dirigeants français expriment leur conviction d’être hautement compétitif en raison de leur productivité. Très souvent, ils considèrent que tout passe par leur modèle social et que la qualité du produit/service suffira à les rendre attractifs pour l’étranger. On constate aussi une foi implacable en la puissance française et en son idéal.

Cela se traduit notamment par des idées que certains de nos contributeurs reconnaissent comme naïves où l’humanité pourrait vivre pleinement en harmonie. Une harmonie fondée sur l’idée que se fait le contributeur de ce qu’est l’harmonie, non sur ce que d’autres peuvent s’en faire. Donc la France, celle du peuple et des dirigeants non protégés par la Maison France, attend.

Lors de notre enquête, nous avons expliqué les notions de compétitivité, mis en exergue les pratiques provenant des Russes, des Iraniens, des Chinois, mais aussi des Marocains ou des Américains qui sont plus offensifs et compétitifs. Ces anecdotes étaient employées pour stimuler la réflexion et les réponses obtenues, après cette “mise en condition”, devenaient spéculatives dans les 3/4 de nos échanges, pour seulement 1/4 adaptatives et enrichissant sincèrement le point de vue.

Cela nous a donné matière à réfléchir afin d’offrir un contenu pratique et d’expertise différent de ce qui est proposé aujourd’hui. Dans notre prochain article nous aborderons les éléments clés qui pourraient, selon nous, être utiles à quiconque souhaite pouvoir rivaliser dans un jeu économique devenu implacable.

Si nous ne croyons pas en la capacité de la France qui attend à s’en sortir globalement, nous pensons sérieusement qu’il existe de vrais combattants ayant compris leur rôle de manager dans un contexte de guerre économique et nous souhaitons contribuer à enrichir leur vision, autant qu’à les aider à saisir de nouveaux marchés peu connus. Cela fera l’objet de notre prochain sujet.