L’enjeu est évidemment crucial en cette période troublée par la pandémie mondiale. Des nations que l’on pensait affaiblies ont considérablement profité du contexte. D’autres que l’on pensait puissantes, connaissent un effondrement. Le classement des puissances actuelles considère la France à la 6° place pour cette année, encore, mais son déclin est anticipé par des classements se projetant à l’horizon 2025.

France Relance : reconstruire la souveraineté

Devant ce constat pratique, il était tout naturel que le projet de soutien financier européen s’appuie sur un projet de puissance. Une puissance à la fois individuelle, par nations, mais pouvant bénéficier à l’ensemble des acteurs clés de l’Union européenne. Qu’est-ce que la France dans ce contexte ? Son économie colbertiste n’est certainement pas son point fort. La France tire aujourd’hui sa puissance uniquement du régalien et de sa capacité à administrer les choses sous cet angle. Rappelons ici que l’on entend par régalien tout ce qui représente les « pouvoirs du roi », c’est-à-dire tout ce qui garantie sa puissance sur l’environnement géostratégique.

France Relance, identifie trois axes majeurs pour défendre le pouvoir de la République : l’Agrobusiness et l’Écologie, la Santé et la Cyberdéfense. Garantir l’alimentation des forces françaises, assurer la santé de ces forces et accroître significativement les moyens technologiques et les compétences de pointe dans le domaine de la sécurité et de l’influence. Depuis l’annonce de France Relance durant l’été 2020, nous avons pu constater le déblocage de crédits pour les secteurs concernés et une politique de sélection exigeante. Par ailleurs, l’environnement réglementaire évolue aussi pour favoriser l’assimilation et le recours à ces nouveaux usages.

Ce changement d’orientation stratégique, particulièrement sain, est cependant un choc pour une population habituée à bénéficier d’aides et soutiens, à tirer la couverture à elle sans contrepartie que le fait d’orienter son vote lors des élections démocratiques. Et l’entreprise, elle-même, est impactée par ces changements.

Entreprise : entre liberté et colbertisme

Le premier changement réside dans le fait que les entrepreneurs français, qu’ils soient des « boomers » en fin de carrière ou de la génération X, parfois même Y, c’est qu’ils n’ont jamais connu de véritables rapports de forces si l’on compare aux actions que durent réaliser les Chinois ou les Russes pour rattraper leur retard. Il est déterminant de considérer que la culture du consumérisme et de la puissance sont deux logiques compatibles à condition d’évoluer dans un système pleinement démocratique (et « mafieux ») à l’américaine ou dans un système autoritaire très structuré à la chinoise. Mais comment agir dans un système hybride comme celui de la V° République française ?

Dans la culture française, il y a les administrés qui font leurs entreprises et il y a les opérateurs d’importance vitale qui s’inscrivent dans une ligne colbertiste. Pour mémoire, le colbertisme est une conception issue de Colbert, le ministre de Louis XIV, qui constitua plusieurs entreprises stratégiques pour la Couronne à l’époque et qui opéraient un engagement économique de premier plan pour celle-ci.

La remise au goût du jour de la Souveraineté implique nécessairement de choisir de s’aligner ou non sur le « pouvoir du roi » ou bien de vouloir jouer les « rebelles » en subissant de fait les effets du pouvoir régalien (Cf. loi contre le séparatisme, loi sécurité globale, utile pour maintenir l’ordre général sur le territoire). Est-ce pour autant une perte de liberté que de choisir de collaborer avec la Maison France ? Nous pensons que non, bien au contraire, nous considérons que c’est aujourd’hui la position la plus sage à adopter.

Existe-t-il des problèmes d’administration dans la Maison France ? Très certainement, sa réforme est en cours et s’avère tout à fait indispensable si l’on souhaite protéger les modes de vie et les valeurs propres à la République française, voire à l’Union européenne. Mais cela n’est pas le problème majeur pour répondre aux problématiques de compétitivité. Il est indispensable que l’entreprise et ses dirigeants, ses collaborateurs, procède également à des réformes !

Le premier ajustement réside dans le fait de se mettre au travail, réellement, et non pas de suivre la vieille doctrine portée par « Sup de Co’ » et consœurs. Ces doctrines sont mortes en 2020 lors du premier confinement : management à distance, digitalisation accrue, gestion en mode projet, méritocratie et culture de la performance, etc. La Chine a su se réorganiser durant cette période de crise notamment car l’ingéniosité et la digitalisation ont stimulé ce rebond. N’y a t il pas des approches à considérer activement ? Entre transformation digitale et intelligence économique, il y a là de la matière à déployer.

Concrètement, il est temps de s’intéresser à des notions mal maîtrisées dans l’hexagone, comme la finance ou la « competitive intelligence ». C’est par ces biais que le « gaulois » égocentrique pourra prétendre à devenir « français », mais surtout « européen ». Et c’est le rôle de l’entreprise, en tant que collectivité, de développer cette ligne. L’État réalise ses actions colbertistes et oriente la puissance, mais il respecte aussi la liberté de son peuple. C’est à ce peuple, dans l’environnement entrepreneurial, qu’incombe la responsabilité de se former à ce qui est mal maîtrisé et qui permet tout simplement de prendre des décisions stratégiques et pas seulement de suivre les tendances générales.

Dans notre prochaine partie, nous aborderons les effets de ces orientations stratégiques pour les entreprises. Ces dispositifs sont les seuls fondements de la reprise en K : les ingénieux survivront, les suiveurs ou frileux, non. Tout le reste n’est que fabulation et conspirationnisme. Le train n’a pas encore pleinement quitté la gare, mais il reste à peu près 6 mois pour opérer ce changement de paradigme. La seule vraie question étant : est ce que vous allez assimiler ces connaissances et intégrer la competitive intelligence pour saisir les opportunités de la reprise en K ?

Rendez vous le 15 janvier pour traiter des stratégies de conquête et d’alliance en phase avec les axes réalisés par France Relance et les Opérateurs d’importance vitale.