Écologie et agriculture : Comment créer le marché équitable de l’eau ?

Le contexte et les actualités sont édifiantes depuis quinze jours, le GIEC souligne le fait que le réchauffement climatique ne peut plus être empêché et que les incidences pour l’humanité seront cataclysmiques. En parallèle l’Union européenne a légiféré pour mettre en place une nouvelle PAC qui soit très « écologie compatible » en considérant même que le secteur agricole était le mouton noir de la question écologique. Nous pensons chez AQUILA ADVANCED que cette position est au pire un suicide collectif, au mieux un manque de vision pragmatique.

Pour le démontrer, nous allons parler ici d’un actif souverain qui est le plus vital de tous et qui est directement impacté par le réchauffement climatique : l’Eau ! Il y a aujourd’hui une sérieuse adéquation entre le monde agricole et l’écologie puisque la digitalisation de l’un permettra d’optimiser la gestion de l’autre, et structurer équitablement un marché sous-jacent : celui de l’Eau.

Agrobusiness : nécessité d’une digitalisation équitable

France Relance a acté, à l’été 2020, le caractère crucial de l’agriculture afin de garantir l’indépendance alimentaire. Certainement motivé par les contributions du Déméter, dont l’opus de 2021 permet une belle mise en perspective des impacts liés au changement climatique, la République française investit massivement dans les projets déterminants pour l’environnement agricole. Elle sera bientôt rejointe par l’Italie de Mario Draghi, elle-même très consciente de cette problématique et de la nécessité de se garantir des vecteurs de puissance et autonomie ; à condition toutefois que les alliances puissent réellement exister et apparaître. Une coexistence saine en somme.

Mais si la souveraineté agricole européenne repose sur les deux principales puissances du secteur, elle passe aussi par les moyens de production et par leur contrôle. C’est en ce sens que le tempérament français et son ingéniosité peuvent se trouver largement stimulés par le talent italien en matière de commerce et de “sens des affaires”.

Des projets technologiques, à l’instar de Agdatahub, permettent de clarifier à qui appartiennent les données produites par les entreprises et la finalité que l’entreprise souhaite leur donner : plus encore que le consentement, la capacité à commercialiser ce qui est à soi pourra favoriser la digitalisation italienne, mais aussi sensibiliser le monde agricole français aux enjeux économiques posés par cette digitalisation. 

A court-terme, l’adéquation entre l’ingénierie et le commerce concrétise des opportunités pour toutes les entreprises de ce secteur. A moyen et long terme elle permet également de développer l’agriculture 4.0, de se pencher sur la durabilité des souverainetés et de traiter l’actif souverain qui nous intéresse : l’eau !

Waterbusiness : le marché dissimulé derrière l’agrobusiness

Les températures atteignent des records sur toute la planète, par exemple 80,8 °C en Iran à la fin du mois de mai et 50°C depuis plusieurs jours au Canada, fin juin, entraînant de nombreuses morts subites. Parallèlement à cela, la presse internationale et certains médias mainstream commencent à s’emparer d’un sujet problématique : les réserves d’eaux potables s’effondrent dans certaines zones du globe. Cela n’arrive pas qu’aux autres, d’ailleurs, car nos propres réserves, en Occident européen, sont en dessous du minimum de sûreté et l’augmentation des niveaux des mers commençant à noyer certaines régions forestières, tout autant que la fonte du permafrost, engendrent un effet pervers d’émanation de méthane accélérant d’autant plus le réchauffement climatique.

Là où il y a une difficulté, il y a une opportunité, comme l’évoquait Winston Churchill : l’eau devient une denrée rare ! Une denrée que l’on peut coter en Bourse. Si, si ! Il suffit de regarder du côté de la Californie pour s’en rendre compte. Plus récemment encore, le patron de Nestlé qui évoquait en 2005 que l’eau a un coût et que son accès doit être libéralisé, avant d’apporter quelques nuances sur l’humanisme à ajouter à cette démarche. En 2019, Nestlé restructure sa gestion des eaux en se passant de son siège français pour adopter une approche plus mondiale, en grand découpage par région sur la gestion de cet actif stratégique.En 2021, enfin, le journal Suisse Le Tempsévoquait la compétitivité croissante dans le nouvel Or bleu !

L’or bleu préoccupe à court terme, au moins autant que les Data. Et c’est à juste titre que ces deux actifs peuvent être liés. 

Une véritable interrogation sur l’équité dans leur usage obsède le monde des puissants, aujourd’hui. Si la menace qui pèse sur les Data est progressivement découverte et comprise  (i.e. espionnage, instabilité politique, conspirationnisme, piratage et blocage des infrastructures), celle concernant l’Eau n’est pas encore claire. Ou alors, elle l’est un peu trop : hausse de la mortalité humaine et animale. Comment l’éviter ? Avant de rationner, commençons par rationaliser !

La double gestion de ces actifs stratégiques apporterait des effets très positifs sur les sociétés occidentales européennes, notamment, car l’agriculture 4.0 offre une rationalisation inédite de la consommation de ces ressources, mais aussi parce que la digitalisation des marchés tout autant que l’émergence de Smart Cities plus mâtures s’avèrent de puissants vecteurs de régulation.

Oui ! Le marché semble être le meilleur allié de l’Occident pour réguler le commerce de l’eau! Si l’actif que représente l’eau nécessite une unité dans son traitement juridique entre pays de l’Union européenne, c’est pour pouvoir être impliqué activement dans le modèle de cotation et de facturation à même d’astreindre nos sociétés d’abondance à une saine frugalité.

Les exploitants agricoles seraient amenés à donner l’exemple, notamment par la traçabilité des réserves et leur transformation en denrée alimentaire. 

Pour les États et leurs Administrations, lorsque le vivant est concerné, les choix d’investissement dans les innovations « essentielles » s’affinent aussi, puisque celui qui contrôle l‘eau et sa gestion optimale grâce aux data, est finalement dépositaire d’une vraie puissance publique. 

L’entrepreneur et le financier, enfin, peuvent travailler à modeler une scalabilité inédite fondée sur le manque et le fait qu’il faille compenser les pertes vitales engendrées par le réchauffement climatique. Mais ils sont également consommateurs de ces ressources et garants d’une gestion équitable de l’eau, cette dernière ne pouvant être gaspillée sans contrepartie financière élevée.

Pour façonner un marché équitable de l’eau, c’est-à-dire un cercle vertueux qui stimule tous les pans économiques, technologiques, vitaux et donc agricoles, il est nécessaire d’accepter cette simple réalité : Afin d’éviter la Guerre de l’eau, il semblerait qu’une seule solution soit envisageable et c’est une marchandisation encadrée et un alignement de la valeur de cet actif stratégique sur la valeur de la data.

Sans cette démarche, dans une décennie à peine, les peuples et nations qui n’auront pas opéré les actions adéquates seront mises à genoux, sous autorité des puissances véritables. Cela a de quoi remettre en perspective les approches politiciennes et les idéologies désuètes. Cela rappelle aussi que chacun a un rôle à tenir, grâce au marché, dans la survie. L’entreprise agricole n’en est pas exclue et elle est, peut être, le premier maillon de la chaîne.